La sérendipité

L'imagination crée la réalité

Modérateur : Docsavage

Avatar du membre
Docsavage
Administrateur du site
Messages : 338
Enregistré le : dim. 14 août 2011 14:07
9
Total: 5
Total: 24

Message non lu

Savez vous que des centaines d'inventions sont à l'origine le fruit du hasard? Savez vous que quel que soit votre problème, il y a certainement quelqu'un qui a la solution? Comment faire pour que le hasard joue en votre faveur? Comment créer les conditions pour être "chanceux"?
Trouver par hasard quelque chose que on ne cherchait pas et qui est bénéfique est une des définitions de la sérendipité.

La définition originelle de "la sérendipité est le fait de réaliser une découverte inattendue au cours d'une recherche dirigée initialement vers un objet différent de cette découverte" (Sérendipité dans Wikipedia). Des centaines d'inventions et d'innovations ont ainsi été découvertes "par hasard". Citons parmi les plus connues la pénicilline, le Post it, la bande Velcro, le Viagra, le tefflon, le kevlar etc.....

Certains distinguent quatre grands types de sérendipité stratégique (par Intelligence Créative)

- Fait de trouver (découvrir, inventer) par hasard, par chance ou par accident autre chose et même parfois le contraire de ce que l'on cherchait; et de se rendre compte de son intérêt ou de son importance
- Fait de trouver (découvrir, inventer) quelque chose que l'on cherchait (objet, solution, etc.) mais, à la suite d'un accident plus ou moins malheureux ou d'une erreur, par un moyen imprévu; et de s'en rendre compte
- Fait de trouver par hasard, par accident ou par chance une application imprévue à quelque chose; et de s'en rendre compte
Faculté de trouver par accident, hasard ou chance l'idée d'une innovation.
"Plus les hommes seront éclairés, plus ils seront libres" Voltaire
Avatar du membre
Docsavage
Administrateur du site
Messages : 338
Enregistré le : dim. 14 août 2011 14:07
9
Total: 5
Total: 24

Message non lu

Comment voir, identifier et bénéficier de ce que le hasard met sur notre route et qui peut être bénéfique pour nos projets? Dans ce domaine -hélas- il n'y a pas de solution miracle mais on peut adopter des attitudes, habitudes et comportements favorables..
Lire la suiteSPOILER_SHOW
Seul votre cerveau peut trouver comment utiliser ce que le hasard met sur votre chemin. Vous seul connaissez suffisamment bien les élément de votre problème ou projet et vous seul pouvez identifier si ce que le hasard a mis sur votre chemin peut être utilisé et comment cela peut être utilisé pour votre problème ou vos projets. Cela s'appelle suivant les cas copier ou utiliser une solution analogue ou fournir un élément innovant ou initier le début d'une réflexion ou autres.

Voici les trois éléments les plus importants pour identifier et tirer bénéfice de ce que le hasard met sur notre chemin:

Prenez du temps. Votre cerveau ne doit pas être stressé et sous pression pour identifier les "trésors" apportées par la sérendipité. Vous pouvez décider du temps que vous consacrez à des "pauses" qui n'ont pas de liens directs avec vos problèmes ou vos projets en cours. Au "pire" vous reviendrez de ces pauses l'esprit frais et le corps revigoré et vous rattraperez en efficacité ce que vous avez "perdu en temps". Au mieux, vous subirez les lumières de la sérendipité et cette pause se révélera le meilleur investissement de votre temps dont vous ayez pu rêver.
Gardez l'esprit ouvert. Seules des idées et solutions auxquelles vous n'auriez pas pensé de prime abord peuvent vous être offertes par Dame Sérendipité. Si vous ne voulez pas écouter, entendre ou tenter d'exploiter ce qu'elle met sur votre chemin et si vous rejetez ce qui ne correspond pas directement à vos idées originelles et vos pré conceptions, alors vous n'avez aucune chance! Même les sujets les plus fantaisistes, les plus opposés ou étrangers à vos problèmes ou projets, peuvent se révéler bénéfiques et générer des idées utiles et utilisables. Alors laissez leur une chance...
Soyez curieux du pourquoi et du comment. Ce sont sans doute ces deux questions et les réponses qui ont été apportées qui ont fait évoluer l'homme de la grotte où vivait la famille Néandertal au réseau d'amis de Facebook! (Est ce un progrès? Je vous laisse juge!). N'acceptez pas de ne pas comprendre pourquoi ou comment. Comme décrit dans Wikipedia "les personnes qui sont les plus expérimentées en sérendipité (sans le savoir bien souvent) sont celles qui font preuve de curiosité constructive et celles qui se sentent gênées face à un manque de compréhension d'un phénomène. Tous les jours, nous sommes confrontés à une masse éparpillée d'information. Le rôle du "sérendipitant" est de sélectionner parmi celles-ci celles qui sont les plus importantes et de les interpréter". Quelques exemples:
"Pour ma part je fais différemment. Pourquoi faites vous ainsi?"
"J'ai appris ce fait. Comment pourrais je l'utiliser ?" (introduction nouvelles méthodes)
" Pourquoi les herbes s'accrochent sur mon pantalon" (Invention du Velcro)
" Mon nouvel adhésif ne colle pas assez! Comment puis je l'utiliser?" (Invention du post-it)
Etc.
"Plus les hommes seront éclairés, plus ils seront libres" Voltaire
Avatar du membre
Docsavage
Administrateur du site
Messages : 338
Enregistré le : dim. 14 août 2011 14:07
9
Total: 5
Total: 24

Message non lu

Voici quelques histoires de sérendipités célèbres ou exemplaires donnés par ordre alphabétique. Ils passent d’un degré de sérendipité à un autre et d’un domaine à un autre.

Deux cas historiques
Commençons par deux cas historiques. Notons que si, pour nous, ce sont des cas de pure sérendipité, pour Royston Roberts l’" Euréka ! " d’Archimède est un cas de pseudo-sérendipité.
Lire la suiteSPOILER_SHOW
L’" Eurêka ! " d’Archimède
Archimède s’était fait fort de dire au roi Hiéron II de Syracuse combien d’argent son orfèvre avait mis dans la couronne soi-disant en or pur qu’il lui avait fabriquée. Cherchant plus ou moins à résoudre ce problème, il se fait couler un bain, rentre précipitamment dans la baignoire remplie à ras bord, la fait déborder et inonde la salle de bain.
Tout le monde aurait vu là une catastrophe et la perspective d’un dégâts des eaux. Et en aurait tiré les conclusions ou prescriptions suivantes : il ne faut jamais remplir complètement une baignoire et y rentrer avec précaution pour éviter de la faire déborder.
Archimède en tire une toute autre "abduction" : un corps plongé dans un liquide déplace un volume d’eau égal à son volume. C’est le principe d’Archimède.
Il croit avoir trouvé la solution au problème de la couronne. Nous avons montré - et même démontré - par ailleurs que ce principe ne lui permettra pas de résoudre le problème d’Hiéron.
Reste un bel exemple de sérendipité par la récupération d’un incident malheureux. Non è vero, è bene trovato. Ce n’est pas vrai, mais c’est bien trouvé. C’est ce que nous appelons le syndrome de Vitruve, l’inventeur de l’histoire.

L’hélice de bateau
Dans les années 1830, un Anglais, Francis Petit Smith, cherchait à adapter la vis d’Archimède à un bateau (comme Léonard de Vinci avait proposé de le faire pour l’hélice aérienne). Il l’avait beaucoup raccourcie mais il avait laissé encore deux tours de vis complets car sans cela, pour lui, cela ne pouvait pas marcher. Il faisait un essai sur le canal Paddington (qui relie la Tamise près de Londres à Birmingham). Le bateau ne parvenant pas remonter le faible courant provoqué par une écluse, est drossé contre le quai, casse la moitié de la vis - et repart en avant. L’hélice de bateau était inventée ! Il suffira à Smith d’augmenter le nombre de pales et de diminuer leur largeur pour mettre très vite au point des hélices comme on les voit aujourd’hui.

Continuons par ordre alphabétique.

Aspartam (le Canderel) (Jim Slatter, Searle)
En décembre 1965, Jim Slatter de chez Searle, cherchant un produit pour lutter contre les ulcères gastriques, synthétise un intermédiaire, l’ester aspartyl-phenylalanine methyl, nécessaire à une expérience. Par inadvertance, il s’en met un peu sur le bout des doigts. Humectant plus tard son index pour séparer des feuilles de papier, il s’aperçoit qu’il est sucré. Il fait l’hypothèse que c’est l’ester et, au mépris de tous les principes de précaution, le teste aussitôt sur lui-même et son assistant.
Searle comprendra tout de suite l’importance de la découverte et passera du médical à l’agroalimentaire.
Racheté par Monsanto. Aujourd’hui Canderel.

Botox (Jean Carruthers, Allergan)
La toxine botulique est une neurotoxine très puissante (et, même, une arme bactériologique). Elle était employée avec précaution pour paralyser certains muscles du visage et guérir en particulier les spasmes des paupières.
En 1987, Jean Carruthers s’aperçoit qu’elle atténue les rides autour des yeux. Son mari est chirurgien esthétique. Le Botox est lancé comme produit antirides.

Chloropramazine et antidépresseurs
Henri Laborit était chirurgien et utilisait la chloropromazine comme anesthésique. Un jour il s’aperçoit que cette substance chimique avait des effets intéressants sur des malades dépressifs et en fait part à des confrères psychiatres. La révolution des neuroleptiques (Largactil, Thorazine, etc.) était déclenchée.

Édulcorants de synthèse
Tous les édulcorants de synthèse (saccharine, aspartame, acesulfame-K, cyclamate de sodium, sucralose) ont été obtenus jusqu’à présent par sérendipité. On ne sait pas inventer une substance chimique qui ait un goût sucré. On ne sait que découvrir qu’une substance l’a.
L’erreur de base va d’un manque absolu de respect d’un protocole expérimental à une erreur de lecture d’un assistant de recherche indou qui, au lieu de lire "test", "faites un essai", lit "taste", goûter, et donc, obéissant, goûte, et découvre que les dérivés chlorinatés de saccharose sont plusieurs centaines de fois plus sucrés que le sucre.

Fullerènes (Nobel 1996)
De l’infiniment grand à l’infiniment petit. Jusque là le carbone n’existait que sous deux formes : le graphite et le diamant Harold Kroto, un chimiste, pensait que l’on trouvait de longues molécules de carbone dans les étoiles géantes . Un ami Robert Curl le met en contact avec Richard Smalley qui a construit un appareil qui peut vaporiser n’importe quoi et l’analyser. Ils vaporisent du graphite et obtiennent bien une troisième forme mais, surprise ! non pas sous forme de longue chaîne mais sous forme de molécules regroupant 60 à 70 atomes de carbone dans une structure ressemblant à celle d’un ballon de football ou de façon plus précise aux fameuses structures de Buckminster Fuller. Les fullerènes (que d’autres appellent Buckballs et qui sont pour certains les plus belles molécules du monde) étaient découverts. Ils ouvraient la voie aux nanotechnologies (le nanomètre mesure un millionième de millimètre).

Helicobacter pylori (Barry Marhall)
La découverte de cette bactérie, cause des ulcères gastriques, est due au même genre d’accident que celui qui a conduit à la découverte de la pénicilline. Le chercheur Barry Marshall, australien et nobelisable, part en vacances et trouve la solution de son problème en rentrant. Ce sont des bactéries qui provoquent les ulcères d’estomac !
Incrédulité du monde scientifique: les ulcères d’estomac sont dus à une hyper-acidité de la paroi gastrique due au stress et sûrement pas à des bactéries ! Barry Marshall mettra dix ans à faire prévaloir sa vérité scientifique se prenant lui-même comme cobaye pour en prouver le bien fondé.

Imprimante à jet d’encre (Ichiro Endo, Canon vs. HP)
Un chercheur de chez Canon, Ichiro Endo, fait un faux mouvement. Son fer à souder tombe sur un seringue d’encre et sa pointe chaude entre en contact avec le col de la seringue, faisant s’en échapper une petite éclaboussure d’encre. Intrigué, Endo reproduit le phénomène en le photographiant avec une caméra ultrarapide. Par hasard et par chance, il comprend et invente le principe de l’imprimante à jet d’encre (Bubble Jet), peu avant Hewlett-Packard qui l’inventait de son côté par des voies différentes mais tout aussi peu conventionnelles.

Java (SunMicrosystems)
Le langage Java avait été développé chez SunMicrosystems pour une application spécifique sous le nom de Oak pour la télévision interactive et les consoles de jeux vidéo, c’est un échec. Le président et fondateur, Bill Joy, s’aperçoit alors que, sans le faire exprès, ils ont développé une application qui convient à merveille aux navigateurs Internet. Rebaptisé Java, il est devenu indispensable.

Kevlar (DuPont)
Stephanie Kwolek, chercheur chez DuPont, obtient un résidu noirâtre tout juste bon à jeter. La dureté de cette matière plastique, qu’elle ne parvient pas à décoller du récipient ayant servi à l’expérience, l’étonne. Elle vient de synthétiser par hasard et de découvrir une matière plastique cinq fois plus résistante que l’acier : le Kevlar.

Lockheed F-16 Fighting Falcon
En 1972, à la suite des énormes dépassements de crédit entraînés par le programme F 15 Eagle de McDonnell, l’Armée de l’air des États-Unis décide d’explorer les possibilités de concevoir un avion de chasse plus petit et moins cher. Elle charge deux constructeurs, dont General Dynamics, de se livrer à ce qui n’était pour elle qu’un exercice de style. Elle n’avait aucune intention de mettre un tel avion en service.
General Dynamics reprend les théories de John Boyd (voir plus bas le cycle OODA) et présente le GD 401, construit à un exemplaire, qui vole pour la première fois début 1974. C’est un gadget, un avion monoréacteur, qui n’a aucune stabilité naturelle, dans lequel le pilote est allongé - ce qui lui permet d’encaisser jusqu’à 9 G en virage prolongé - sous un immense canopy. Le pilotage se fait par joystick à main droite. Rien n’a été fait pour que l’avion soit très rapide : vitesse maxi Mach 2.
Toujours aucune intention de le produire en série. Ce n’était qu’un concept-plane destiné à rejoindre le grand cimetières des avions morts-nés.
Des observateurs de petits pays étrangers s’intéressant malgré tout par hasard à ce prototype pas cher, agile, bien armé, General Dynamics le développe un peu et présente en 1975 une version opérationnelle. Bingo ! Cinq mois plus tard, la Belgique, le Danemark, la Hollande et la Norvège passent commande.
Aujourd’hui General Dynamics a été repris par Lockheed Martin et le F-18 Fighting Falcon s’est vendu à plus de 4 000 exemplaires (dans des versions constamment améliorées) alors que son concurrent direct, le Mirage 1000 de Dassault n’a été vendu qu’à 100 exemplaires (et à la France seule).

McDonald’s
En 1957, Ray Kroc, représentant en appareils destinés à fabriquer des hot-dogs, s’étonne de l’importance des commandes que lui passe un de ses clients, les frères McDonald. Il va les voir et découvre que leur fast-food ne désemplit pas : leurs hamburgers sont délicieux. Ils les convainc de lui vendre leur nom, change de métier (à 64 ans) et fonde McDonald’s.
Du pur Peter Drucker. Et du pur Merton. L’exploitation d’une réussite anormale.

Micro-ondes (Perry Spencer, Raytheon)
Au lendemain de la Deuxième guerre mondiale, Perry Spencer, un inventeur talentueux, 150 brevets, quelque peu désœuvré, se promenait dans les bureaux d’études de Raytheon, le fabricant de magnétrons, cette pièce centrale émettant des micro-ondes qui est au cœur des radars. Il a des bonbons chocolatés dans la poche de sa chemisette. Il ne fait pas particulièrement chaud ce jour là, aussi est-il surpris, voulant en croquer un, de voir qu’ils ont fondu dans sa poche alors que la publicité affirmait " ils fondent dans la bouche et pas dans la main ". Mais bien sûr ! pas d’autre explication que celle voulant qu’ils aient été réchauffés par les ondes du magnétron en marche en face duquel il venait de s’arrêter.
On doit donc pouvoir griller du pop-corn en le présentant devant un magnétron. Et ça marche! Le principe du micro-ondes était découvert.

Nylon (Carothers et Hill, DuPont)
Wallace Carothers cherchait à synthétiser une fibre textile pour remplacer la laine et la soie. Il parvient à en fabriquer une, mais elle est trop fragile pour être utilisée. L’invention est mise de côté. Un jour, en son absence, un de ses assistants, Julian Hill, joue comme un gosse avec une boule de cette substance au bout d’une baguette de verre - comme on pourrait jouer avec une Chupa Chups de liquide visqueux ou jouer à faire des fils en tournant une mouillette de fondue savoyarde - et découvre que si on trempe le fil qui se déroule - comme on trempe de l’acier - le problème est résolu.
Son invention étant attribuée par certains à la chance et non à son pur mérite personnel, lui, Carothers, l’inventeur de la molécule , par ailleurs dépressif, se suicida.

OODA (La boucle stratégique -)
1954. La guerre de Corée se termine en apothéose pour l’Armée de l’air américaine. 700 victoires en combat aériens pour seulement 70 Sabre abattus par les MiG-15 soviétiques utilisés par les forces nord-coréennes. Un ratio de 10 à 1.
Un jeune pilote de l’air, le capitaine John Boyd(15), est interpellé par le côté anormal, stratégique, de cette statistique. Le Mig-15 soviétique est plus rapide et mieux armé que le F 15 Sabre de North American (le constructeur du célèbre Mustang, un temps filiale de General Motors et absorbé ensuite par Boeing).
Il abduit que le Sabre est supérieur au Mig-15 parce qu’il est plus agile et permet à son pilote, par la vision plus large et la douceur des commandes, d’anticiper les anticipations du pilote ennemi. Simple capitaine de trente ans, il développe la théorie de la boucle stratégique OODA (Observe-Oriente-Decide-Act) comme devant présider à la refonte de la stratégie de l’armée américaine et à la conception de ses intercepteurs.
Il s’agit d’être non pas plus rapide, mais plus agile (not faster, but quicker).
Il lui faudra 20 ans pour voir triompher ses théories avec le F-16 Flying Falcon (voir ci-dessus). Le corps des US Marines reprendra son concept d’agilité en 1990 dans son règlement de manœuvre.

Pénicilline (Alexander Fleming, Howard Florey, Ernst Chain, Pfizer)
Un jour de 1928, Alexandre Fleming, chercheur quelque peu désordonné, entreprend de nettoyer enfin, avant de les réutiliser, une pile de boîtes de Pétri dans lesquelles il cultivait des colonies de staphylocoques, et qu’il avait entassées en vrac sur la paillasse du laboratoire quelques semaines auparavant en partant en vacances. Dans une des boîtes, la colonie s’était bien développée, mais, dans un coin, les bactéries du staphylocoque avait été tuées par quelque chose arrivé là par hasard ou par accident - peut-être parce qu’il avait laissé la fenêtre ouverte. Bizarre. Anormal. Il note que l’agent est de la famille des penicillium, bouleverse son plan de recherche, prouve l’efficacité théorique de la pénicilline, publie ses résultats. Devant le peu d’intérêt qu’ils soulèvent, il abandonne.
La guerre. Les Britanniques vont découvrir une seconde fois la pénicilline, mais sont incapables de la produire industriellement à grande échelle et demandent l’aide de l’industrie pharmaceutique américaine. En 1942, Pfizer, à la suite d’un débat dramatique au sein de son conseil d’administration, accepte les risques financiers et bactériologiques et devient en 1944 le plus grand fabricant mondial de pénicilline et un acteur majeur de l’industrie pharmaceutique
Prix Nobel de médecine et de physiologie en 1945 partagé avec Ernst Chain et Howard Florey.

Polymères conducteurs de l’électricité (Nobel 2000)
Les polymères, c’est ce que nous appelons " matières plastiques ". Par définition, à l’inverse des métaux, ils ne sont pas conducteurs de l’électricité, ce sont des isolants. Et puis un beau jour, la magistrale erreur d’un sans-grade remet en cause cette loi et permet à une équipe de savants de recevoir le Prix Nobel de chimie 2000.
Ils confient une manipulation à un chercheur visitant. Celui-ci se trompe dans les proportions d’un composant et met 1000 (mille !) fois la dose prescrite. Au-lieu du précipité noirâtre attendu, il obtient un précipité à reflets métalliques. Les polymères (les matières plastiques) conducteurs de l’électricité sont découverts.
Première reconnaissance officielle de la sérendipité dans le discours de réception des trois récipiendaires.

Post-It (3M)
Récupération d’une colle qui ne colle pas (mais qui poisse).
En 1964, Spencer Silver, chimiste au laboratoire central de recherche et de développement de 3M obtient par hasard un nouvel adhésif poisseux auquel ni lui ni 3M ne trouvent la moindre application. Le nouveau produit est enterré et c’est tout juste si, cinq ans plus tard, Spencer Silver, qui n’abandonne pas, parvient à obtenir l’argent nécessaire pour breveter son idée, mais pour les États-Unis seulement.
1974. Arthur Fry, un de ses collègues, a une autre idée. À l’école du dimanche (il est protestant), des papillons enduits de cet adhésif qui ne colle pas sont très pratiques pour marquer les pages des psaumes du jour dans sa Bible.
Deux savants, Henry Courtney et Roger Merrill, parviennent à résoudre le problème de savoir comment coucher industriellement l’adhésif sur du papier.
1978. Lancement… et échec commercial des Post-it.
Deux hommes de marketing, Geoffrey Nicholson et Joseph Ramey, y croient quand même et relancent. Le succès arrive seulement au début des années quatre-vingts.
Total : les efforts conjugués de huit hommes sur quinze ans.

Stimulateur cardiaque (Medtronics)
En 1958, Wilson Greatbatch travaillait comme professeur assistant à l’Université de Buffalo, et pour le Chronic Disease Research Institute voisin. En 1956, le prix des transistors avait baissé à un niveau qui permettait d’envisager de les utiliser pour des applications médicales. Ayant une bonne expérience de la question sur des animaux de ferme, il cherchait à concevoir un circuit bon marché qui enregistre les pulsations cardiaques.
Par erreur, il connecte un transistor d’un autre circuit que celui sur lequel il travaillait et bingo ! constate que ce circuit stimule le coeur de l’animal. Dans un premier temps il n’y croit pas lui-même. Cinq ans plus tard, la plupart des stimulateurs cardiaques vendus dans le monde utilisaient son circuit.

Scotchgard (3-M)
En 1952, une jeune chercheuse de chez 3-M, Patsy Sherman, travaille sur des composées fluorés destinés à augmenter la résistance des pièces en caoutchouc au kérosène des avions à réaction. Un des assistants du labo fait tomber par accident un peu de solution fluorée sur une de ses tennis. Impossible d’enlever la tâche. Impossible, quel que soit le solvant utilisé. L’idée - jugée folle par ses supérieurs - lui vient d’un polymère fluoré qui aurait la capacité de repousser l’huile et l’eau des tissus, de les rendre intachables. En 1956, ce sera le Scotchgard, puis toute la gamme des Scotchgard. Un succès phénoménal.
Suspecté de favoriser le cancer, il sera retiré du marché en 2002, mais c’est une autre histoire.

Superglue (Eastman-Kodak, Loctite)
Un exemple où la sérendipité doit frapper deux fois pour se faire entendre. Harry Coover travaillait pendant la deuxième guerre mondiale sur les cyanoacrylates. Comment obtenir des pièces de viseur en matière plastique claire comme du cristal ? Il en trouve une qui présente la fâcheuse tendance à coller partout. Il la rejette, ce n’est pas son projet. La fin de la guerre interrompt ses recherches dans ce domaine. Quelques années plus tard, il travaille de nouveau sur le problème et, aux mêmes causes les mêmes effets, colle ensemble par inadvertance deux pièces d’optique très coûteuses avec une tête d’épingle de quelque chose qui, bon sang, mais c’est bien sûr !, se révèle une colle-miracle. Ce sera l’Eastman 610, une révolution, qui deviendra la Super-Glue de Loctite.

Téflon
Le Téflon a été découvert accidentellement par un chimiste de DuPont nommé Roy Plunkett.
Il était en train d’essayer de produire du fréon, le gaz utilisé dans les réfrigérateurs..
Il pensait que la réaction du tetrafluoroethylène (TFE) sur de l’acide chlorhydrique ferait l’affaire. Mais pour cela il devait d’abord liquéfier le TFE. Sans le faire exprès, il le refroidit à une température qui crée par chance les conditions de la réaction dans laquelle il se transforme en flocon blanc. Le premier Téflon venait d’être créé.

Viagra (Pfizer)
Deux chercheurs de chez Pfizer travaillaient sur un médicament destiné à guérir l’angine de poitrine. Ils en trouvent un très prometteur, mais celui-ci a des effets secondaires fâcheux. Il déclenche chez les patients des érections intempestives, un véritable priapisme. Comprenant qu’ils venaient par accident de trouver autre chose que ce qu’ils cherchaient, une chose qui leur paraissait un rêve impossible à réaliser, la vigueur sexuelle éternelle, ils changent d’objet de recherche et développent le Viagra. Un nouveau "blockbuster" [médicament dont le chiffre d’affaires annuel dépasse un milliard de dollars], fruit de la sérendipité.

Velcro
Georges de Mestral, ingénieur suisse adepte de randonnées en montagne avec son chien, avait toujours trouvé très désagréables ces fruits de bardane qui s’accrochaient à ses chaussettes et aux poils de son chien. Qui s’agrippaient si bien qu’il décide un jour d’en avoir le coeur net et de les examiner au microscope pour en comprendre la raison. Les minuscules crochets lui donnent l’idée de la fermeture Velcro. Il s’agit aujourd’hui d’une multinationale.
Royston Roberts donne ce cas comme exemple de serendipité pure : notre homme ne cherchait pas à inventer quelque chose, il cherchait seulement à comprendre.

Zyban (GlaxoSmithKline)
Le buproprion était au départ un antidépresseur et l’est d’ailleurs toujours sous la marque Wellbutrin. Ses propriétés anti-tabagiques ont été découvertes fortuitement et ont conduit GSK à le commercialiser sous une forme faiblement dosée. Nom de marque : Zyban.
"Plus les hommes seront éclairés, plus ils seront libres" Voltaire
Avatar du membre
Docsavage
Administrateur du site
Messages : 338
Enregistré le : dim. 14 août 2011 14:07
9
Total: 5
Total: 24

Message non lu

On voit que la sérendipité s'exerce dans les domaines et les disciplines les plus diverses
Si on la prend au sens large, c'est un phénomène général et universel du domaine de l'imprévu, un concept polymorphe qui apparaît chaque fois que l'on a affaire à la chance et au hasard. Le problème est que tout devient alors sérendipité.
Au sens étroit, dans l'univers de la recherche, on la trouve, de fait, un peu partout :

Les domaines classiques
- La chimie générale (le mauve, le Lexan, le Kelvar, la kératinase, les fullerènes,...),
- La chimie pharmaceutique et agroalimentaire (les édulcorants de synthèse, Aspartam, ...),
- La médecine (la pénicilline, la chloropromazine et les antidépresseurs, le Viagra, le Botox, le Zyban, …),
- La physique (les rayons X, l'hologramme, le laser...)

Les nouveaux domaines
- Internet
- La recherche de l'information,
- L'intelligence économique,
- L'innovation exogène (Procter & Gamble),
- L'innovation technique (le Velcro, le micro-ondes, la Superglue, l'imprimante à jet d'encre, le pacemaker, le Post-It…),
- Les business-models (le modèle OODA : Observe, Oriente, Decide, Act).

Autres domaines
- les produits grands public (Ivory Soap de Procter & Gamble, Kleenex de Kimberly Clark, Corn Flakes de Kellogs, ...)
- L'archéologie (la Vénus de Milo, la pierre de Rosette, les manuscrits de la Mer Morte, Pompéi, Machu Picchu, Xian…),
- L'art culinaire (la champagnisation, les Bêtises de Cambrai, le Fontainebleau, la tarte Tatin, le Caprice des Dieux; le madère, le Sauternes…),
- L'astronomie (les Pulsars, le Big Bang, ) ,
- La géographie (l'Amérique, le Brésil, les Galapagos…),
- La criminologie (Sherlock Holmes…).
"Plus les hommes seront éclairés, plus ils seront libres" Voltaire
Répondre