Le sommeil et les rêves

Une vision différente de l'existence

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Docsavage
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Il nous faut savoir que lorsque le corps se repose, l'Esprit a plus de facultés que dans la l’état de veille ; il a le souvenir du passé et quelquefois prévision de l'avenir ; il acquiert plus de puissance et peut entrer en communication avec les autres Esprits, soit dans ce monde, soit dans un autre. Souvent, nous nous disons : J'ai fait un rêve bizarre, un rêve affreux, mais qui n'a aucune vraisemblance ; nous nous trompons ; c'est souvent un souvenir des lieux et des choses que nous avons vus ou que nous verrons dans une autre existence ou à un autre moment. Le corps étant "engourdi", l'Esprit tâche de briser sa chaîne en cherchant dans le passé ou dans l'avenir.

Le sommeil délivre en partie l'âme du corps. Quand on dort, on est momentanément dans l'état où l'on se trouve d'une manière fixe après la mort. Les Esprits qui sont tôt dégagés de la matière à leur mort ont eu des sommeils intelligents ; ceux-là, quand ils dorment, rejoignent la société des autres êtres supérieurs à eux : ils voyagent, parlent et s'instruisent avec eux ; ils travaillent même à des oeuvres qu'ils trouvent toute faites en mourant. Ceci doit nous apprendre une fois de plus à ne pas craindre la mort, puisque nous mourons tous les jours selon la parole d'un saint.

Voilà pour les Esprits élevés ; mais pour la masse des hommes qui, à la mort, doivent rester de longues heures dans ce trouble, dans cette incertitude dont ils nous ont parlé, ceux-là vont, soit dans des mondes inférieurs à la terre, où d'anciennes affections les rappellent, soit chercher des plaisirs peut-être encore plus bas que ceux qu'ils ont ici ; ils vont puiser des doctrines encore plus viles, plus ignobles, plus nuisibles que celles qu'ils professent au milieu de nous. Et ce qui engendre la sympathie sur la terre n'est pas autre chose que le fait de se sentir, au réveil, rapproché par le coeur de ceux avec qui on vient de passer huit à neuf heures de bonheur ou de plaisir. Ce qui explique aussi ces antipathies invincibles, c'est qu'on sait au fond du coeur que ces gens-là ont une autre conscience que la nôtre, parce qu'on les connaît sans les avoir jamais vus avec les yeux. C'est encore ce qui explique l'indifférence, puisqu'on ne tient pas à faire de nouveaux amis, lorsqu'on sait qu'on en a d'autres qui nous aiment et nous chérissent. En un mot, le sommeil influe plus que l’on ne pense sur notre vie.

Par l'effet du sommeil, les Esprits incarnés sont toujours en rapport avec le monde des Esprits, et c'est ce qui fait que les Esprits supérieurs consentent, sans trop de répulsion, à s'incarner parmi nous. Il a été voulu que pendant leur contact avec le vice, ils puissent aller se retremper à la source du bien, pour ne pas faillir eux-mêmes, eux qui venaient instruire les autres. Le sommeil est la porte qui leur a été ouverte vers leurs amis du ciel ; c'est la "récréation" après le travail, en attendant la grande délivrance, la libération finale qui doit les rendre à leur vrai milieu.

Le rêve est le souvenir de ce que notre Esprit a vu pendant le sommeil ; mais remarquons que nous ne rêvons pas toujours, parce que nous ne nous souvenons pas toujours de ce que nous avons vu, ou de l’ensemble ce que nous avons vu. Ce n'est pas notre âme dans tout son développement ; ce n'est souvent que le souvenir du trouble qui accompagne notre départ ou notre rentrée, auquel se joint celui de ce que nous avons fait ou de ce qui nous préoccupe dans l'état de veille ; sans cela, comment expliquerions-nous ces rêves absurdes que font les plus savants comme les plus simples ? Les mauvais Esprits se servent aussi des rêves pour tourmenter les âmes faibles et pusillanimes.
Du reste, nous verrons dans peu de temps se développer une autre espèce de rêves ; elle est aussi ancienne que celle que nous connaissons, mais nous l'ignorons. Le rêve de Jeanne, le rêve de Jacob, le rêve des prophètes juifs et de quelques devins hindouistes : ce genre de rêve est le souvenir de l'âme entièrement dégagée du corps, le souvenir de cette seconde vie dont on parlait tout à l'heure.

Il est important de bien à distinguer ces deux sortes de rêves dans ceux dont nous nous souviendrons ; sans cela nous tomberions dans des contradictions et dans des erreurs qui seraient funestes à notre croyance.

Le livre des Esprits, Allan Kardec
"Plus les hommes seront éclairés, plus ils seront libres" Voltaire